Marie, expatriée en Allemagne : “J’ai appris à vivre deux vies à la fois”
Quand Marie a accepté un poste à Munich, elle pensait simplement changer de décor. Mais très vite, elle a compris qu’elle n’avait pas seulement déménagé : elle vivait désormais deux vies à la fois. Entre son passé en France et sa nouvelle réalité allemande, entre deux langues, deux cultures et deux versions d’elle-même, l’expatriation s’est révélée bien plus qu’un défi professionnel — une transformation intérieure profonde.
2. Pression de réussite et solitude : les défis invisibles
3. Adaptation, résilience et nouvelles opportunités psychologiques
4. Accompagnement psychologique : des ressources concrètes
5. Apprivoiser sa double vie pour mieux se construire

Au début, tout allait vite pour Marie. L’installation, les formalités administratives, les collègues accueillants, les promenades dans les rues bavaroises. Mais très vite, les différences culturelles sont devenues visibles, presque douloureuses.
En France, elle s’appuyait sur des automatismes sociaux, des repères tacites. En Allemagne, tout devait être réappris : la manière d’envoyer un email, de saluer ses collègues, de gérer un désaccord en réunion.
Elle découvre que la communication allemande, plus directe, la déstabilise. Le tutoiement est rare. Les silences sont normaux. La ponctualité, sacrée. Elle apprend à composer avec ces nouveaux codes, tout en ressentant un léger décalage intérieur, comme si elle jouait un rôle. Elle commence à se demander : “Suis-je encore moi-même ici ?”
Marie n’est pas seule à vivre cela. Selon une étude de InterNations, 62 % des Français expatriés en Allemagne déclarent vivre un décalage culturel fort les premiers mois, même dans des environnements professionnels internationaux.

Loin de sa famille et de ses amis, Marie ressent une pression silencieuse. Celle de devoir justifier son choix, de réussir à tout prix, de ne pas “échouer” son expatriation. Elle travaille dur, apprend l’allemand chaque soir, s’intègre dans un club de randonnée. Mais le soir, dans son appartement lumineux, la solitude lui colle à la peau.
Ses collègues sont cordiaux, mais pas intimes. Les interactions sont brèves, les invitations rares. Elle passe ses week-ends à alterner entre appels WhatsApp en France et balades en solo à l’Englischer Garten.
Un soir, après un mois particulièrement chargé, elle craque. Elle pleure, sans trop savoir pourquoi. C’est ce soir-là qu’elle tape dans Google : “solitude expatriation Allemagne”. Elle tombe sur une étude de Expat Communication : 34 % des expatriés avouent souffrir de solitude chronique, et 45 % ressentent une pression constante pour prouver leur valeur.
Elle se sent soudain… moins seule dans sa solitude.

Avec le temps, Marie se réinvente. Elle apprend à ne plus tout comparer à la France. Elle commence à apprécier le calme des transports, la rigueur allemande, la manière dont ses collègues séparent vie pro et perso. Elle développe de nouvelles habitudes : lire la presse allemande, cuisiner végétarien, planifier des voyages vers la mer Baltique.
Un jour, elle réalise qu’elle pense en allemand sans s’en rendre compte.
Elle découvre que son cerveau est en train de s’adapter profondément. Selon une étude de l’université de Tübingen, les expatriés développent 30 % de résilience cognitive en plus grâce à l’exposition à de nouveaux systèmes culturels. Cette capacité à vivre entre deux cultures renforce leur souplesse mentale et leur créativité.
Les RH de son entreprise, une filiale de Bosch, lui confient un nouveau projet interculturel. On apprécie sa capacité à “faire le pont” entre les équipes allemandes et les partenaires français. Elle trouve du sens dans sa double identité.

Mais Marie sait que tout le monde ne vit pas l’expatriation avec autant de résilience. Elle échange souvent avec d’autres Français à Munich, notamment via le groupe Facebook “Les Français en Bavière”, qui compte plus de 18 000 membres actifs. Beaucoup parlent du “mal du pays”, de l’isolement, du choc culturel inversé lors des retours.
Pour ceux qui en ressentent le besoin, elle recommande des ressources précieuses :
SoGerman : portail d’accompagnement pour les francophones en Allemagne.
Expat Psychologist : réseau de psychologues spécialisés pour expatriés.
Les consultations à distance avec des thérapeutes français, de plus en plus courantes depuis la pandémie..
Elle-même a suivi quelques séances de thérapie brève avec une psychologue francophone de Berlin, pour mettre des mots sur cette double vie et construire un équilibre plus stable entre ses deux mondes.

Aujourd’hui, après trois ans à Munich, Marie ne cherche plus à choisir entre ses deux vies. Elle accepte les allers-retours mentaux, les changements de langue, les contradictions internes. Elle ne se sent ni 100 % française, ni complètement allemande — et c’est très bien ainsi. Car cette “double vie” est devenue sa richesse, son moteur, sa singularité.
Pour tous ceux qui débutent leur expatriation en Allemagne ou qui traversent une période de doute, Marie conseille une chose : ne pas rester seul.e. S’informer, s’entourer, partager ses ressentis. Explorer les ressources disponibles. Car s’expatrier, ce n’est pas se perdre : c’est se redéfinir.
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