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L’apprentissage en Allemagne : une voie de formation à part entière ?

L’apprentissage en Allemagne : une voie de formation à part entière ?

Avec 1,3 million d'apprentis, l'Allemagne est le premier acteur de l'apprentissage en Europe. Environ 60 % d'une classe d'âge choisissent cette voie à l'issue de la scolarité obligatoire. En France, l'apprentissage concerne 420 000 de jeunes seulement, et 600 000 en alternance (source : Commission européenne). Contrairement à la France où il est souvent considéré comme solution de fortune, l'apprentissage est reconnu socialement outre-Rhin. En Allemagne, les jeunes choisissent l'apprentissage, ce n'est pas la suite d'un échec scolaire mais un choix actif.

La formation professionnelle en Allemagne est directement pilotée par les entreprises, et les jeunes sont donc formés selon les besoins concrets de leurs futurs employeurs. 60 % des jeunes apprentis allemands sont ainsi embauchés par l'entreprise qui les a formés, à en croire l'Institut fédéral pour la formation professionnelle (BIBB). Un modèle qui contribue à la compétitivité du pays qui connaît un taux de chômage des jeunes deux fois moins élevé qu'en France.

Deux réalités différentes

Si l'on parle depuis longtemps en France d'une possible transposition du modèle allemand, d'importantes différences structurelles entre les deux systèmes rendent la tâche difficile. L'Allemagne est obsédée par l'offre et la compétitivité de ses entreprises. La France l'est plutôt par la demande et le pouvoir d'achat. En France, nous aimons l'abstraction intel lectuelle, tandis que l'Allemagne aime le pragmatisme, la réalisation.

Il existe par ailleurs dans l'Hexagone une différence entre les apprentis du niveau inférieur (collège/lycée) et ceux du niveau supérieur - différence qui n'est pas toujours faite dans le discours public.

Le collège est une boîte noire. Les professeurs doivent changer l'image qu'ils ont de l'apprentissage. Changer l'image qu'ont les Français de l'apprentissage - c'est aussi la préoccupation du gouvernement. Une tâche compliquée puisque l'apprentissage ne correspond pas à la tradition culturelle française, et que l'Éducation nationale rencontre énormément de stéréotypes et d'idées reçue. D'où le lancement de campagnes de communication et la signature, avec les régions, de contrats d'objectifs et de moyens. La France bien théorique commence à expérimenter. On commence à découvrir que l'entreprise n'est pas l'ennemie de l'Éducation nationale et inversement.

Inciter à la mobilité

Autre axe de réflexion : la mobilité des apprentis. Une étude réalisée par le BIBB indique que 7 % des entreprises seulement envoient régulièrement ou occasionnellement leurs apprentis à l'étranger. "On peut s'attendre à une augmentation de ce chiffre", a pourtant pronostiqué Hans-Joachim Kissling, responsable du département international du BIBB.

Il existe des structures oeuvrant dans cette optique, comme le Secrétariat franco-allemand qui organise depuis 1980 des échanges franco-allemands en formation professionnelle. Avec un succès grandissant : entre 2015 et 2020, le nombre de participants a pu être augmenté de 50 %, et touche désormais 5 000 participants par an et 50 métiers différents, et ce malgré la barrière linguistique. "Le sujet commun est d'abord le métier", a expliqué Simone Rebstock, déléguée allemande du Secrétariat : "Si des boulangers français et allemands font une tarte ensemble, cela fonctionne."